Faire une psychothérapie sur son smartphone

Consultation psychologique sur le web.

 

Une publicité pour une application sur smartphone attire mon attention ce matin, il y est question d’une nouvelle forme de psychothérapie, à la mode en Amérique du Nord et qui fait son entrée en France.

Il s’agit de traiter des troubles psychologiques en utilisant des supports numériques. Les avantages ? D’abord, la facilité d’accès avec la possibilité de consulter n’importe où et n’importe quand un psychothérapeute. Ensuite, un coût moindre pour le patient. Enfin, la technique employée, c’est-à-dire l’écriture, favoriserait la libération de la parole et ce de façon anonyme. La personne n’ayant pas à craindre le regard du thérapeute puisque sans face à face.

Cette « E-thérapie » va à l’encontre de la psychothérapie comme je l’envisage, c’est à dire celle d’une clinique au plus près du patient, telle que l’ont édifiée Sigmund Freud puis Jacques Lacan. L’essence de la psychothérapie est justement de permettre qu’un être en souffrance, embarrassé de ses symptômes puisse rencontrer un clinicien dans le cadre du cabinet et de s’investir dans un travail. C’est véritablement ce mouvement d’engagement qui ouvre la voie à une responsabilisation de l’être quant aux symptômes qui le malmènent. La relation de confiance, la circulation de la parole conduit le patient à  lever le bâillon des souffrances corporelles, psychiques, organiques qui le musèle. 

 

Il est vrai que cet engagement a un coût. Plutôt que de régler dans le réel  par l’apparition d’autres symptômes, le patient investit de son temps, de sa parole et de son argent.  Mais, le tarif d’une psychothérapie doit être viable pour le budget du patient, c’est un coût juste qui doit être discuté entre le patient et son psychothérapeute. Et c’est dans cette optique que nous travaillons à la CPP[1].

 

Le lieu et le moment ont leur importance. Il n’est pas question d’un rendez-vous amical au café. C’est un temps fixé avec son psychothérapeute, à un rythme de rencontres soutenues ouvrant au déploiement de la parole. Le clinicien n’est pas un simple auditeur du vomissement de la haine ou du cri d’une plainte sans fin dans laquelle le patient ne trouve jamais à se responsabiliser. Au RPH[2], il dispose de techniques pour faire avancer la cure. Ainsi, nous veillons à nourrir le transfert, à éviter la relation imaginaire avec le patient et à éviter d’occuper la position du grand Autre. De plus, le travail du clinicien s’appuie sur les effets de la castration produit par le cadre et ses interventions

 

L’e-thérapie, elle, utilise le biais de l’écrit. Or l’écriture introduit une distance, des malentendus, bien davantage que la communication orale. Comment retransmettre à l’écrit, ses pensées, ses rêves, ses maux du corps, sans interférences ? En psychanalyse, le symptôme est le signe que quelque chose doit se dire à quelqu’un. Dans la psychothérapie ou la psychanalyse, un discours de souffrance trouve une adresse. L’association libre permet de parler ses pensées sans se censurer, jusqu’à trouver une voie qui apaise.

Effectivement Sigmund Freud, père de la psychanalyse, a, en son temps, fait des correspondances avec quelques patients, partis en voyage et poursuivit, un temps, leur psychothérapie. Mais ces patients étaient connus de S.Freud et un transfert était établi en amont. Associer la démarche psychothérapique d’un patient aux nouvelles technologies pourquoi pas. Dans le cadre d’un travail déjà engagé et de circonstances qui le justifient, un départ à l’étranger, un éloignement temporel, possibilité peut être faite au patient de poursuivre un temps par téléphone. Mais que peut-il en être pour un patient anonyme ?

Le téléchargement d’une application à dessein psychothérapique me parait équivoque. Est-il question de leurrer la personne, d’abuser de sa naïveté, de susciter l’hyperconsommation, en consolidant l’addiction au smartphone ? Quel manque d’égard à l’encontre de ceux qui souffrent ! A l’encontre de ceux qui font métier de les écouter ! A l’encontre de l’humaine condition !



[1] CPP, Consultation Publique de psychanalyse créée par le Réseau pour la Psychanalyse à l’Hôpital-école de psychanalyse

[2] Réseau pour la Psychanalyse à l’hôpital