Crise d'angoisse, stress après un tatouage

Pourquoi se faire un tatouage, un piercing : consulter un psychologue

Mai 2017

Piercing, tatouages… les marques corporelles suscitent un engouement incontestable depuis une vingtaine d’années. Le tatouage en particulier est devenu un véritable accessoire de mode et s’est banalisé au point que  les non tatoués passent presque pour des marginaux. Un quart de la population occidentale en a un.  Fini le temps où il se montrait plutôt discret avec une petite fleur, un soleil, un dauphin ou un symbole maori. Il s’affirme davantage et cherche une originalité à tout prix. Il se fait mot, phrase, mantra, enserre un bras, un mollet, souligne la colonne vertébrale. Voire prend le corps pour toile, recouvrant totalement le torse, les bras, le cou ou encore les jambes, simulant une peau de léopard, tel un justaucorps indélébile.

Quel est le sens de ce marquage corporel, quelle fonction revêt-il ?

Il témoigne avant tout d’une volonté d’incarner la beauté, «  d’artialiser »  le corps de façon durable. Il traduit aussi la volonté de montrer qu’on fait partie de ceux qui acceptent, endurent la souffrance de l’aiguille. Enfin, il divulgue un message, une posture de soi. Un peu comme sur Facebook, le bodybook est une façon de dire ce qui constitue l’être et le préoccupe.

 

Ce souhait de créer une archive corporelle est un motif central. Nombre de tatoués évoquent le désir d’inscrire dans son corps une différence. Il s’agit alors de graver sur sa peau un symbole imagé. Le corps devient dépositaire de dates, de traces d’évènements importants, de signes de la vie qui s’est déroulée. Le tatouage incarne des éléments non symbolisés, c’est-à-dire quelque chose qui n’a pu être formulé par le langage oral.

«  Me tatouer, c’est inscrire dans mon corps, c’est symboliser un moment important de ma vie. A ce moment-là, je n’étais pas à l’écoute de mon entourage, j’étais dans mon univers. Je suis partie trop loin. Ce tatouage est là pour me le rappeler » explique un patient. Ou encore, il peut être l’expression d’une colère, une recherche de liberté non élaborée : «  je me suis fait faire un petit tatouage, un trèfle à quatre feuilles. C’est une façon de rompre avec mes parents, je refuse de toujours obéir. Je veux exister par moi-même. Je leur ai pas dit, pour le tatouage ».

Un homme croisé dans le métro exhibe sur  toute la largeur de son avant-bras, en lettre capitale d’imprimerie, le mot "build" (construire). Quel signifiant attribut-il à ce mot ? S’agit-il de construire quelque chose pour sa vie, de s’élever ? Cherche-t-il à influer sur autrui? Les marques corporelles convoquent l’autre comme regard. Moyen de signifier un choix, loin de la ride ou de la cicatrice que la société pousse à effacer, le tatouage est une effraction à la surface du corps. Il cherche aussi à provoquer.

Enfin, le recouvrement total du corps, l’étalement massif interroge. S’agit-il d’une tentative de protection, une enveloppe limitante qui a fonction d’éviter le morcellement ? Ou une façon de tenir l’autre à distance ?

 

Toutes ces inscriptions corporelles viennent à la place d’une parole, d’un dit sans adresse. L’être passe à l’acte dans son corps plutôt que de mettre en acte son désir. La psychothérapie et/ou la psychanalyse a pour dessein de faire grandir l’être, lui permettre d’affirmer son désir, ne plus être soumis à ses pulsions. De la recherche de l’originalité au suicide social, il est important d’avoir une réflexion avant de se faire tatouer, d’interroger ce qui cherche à se dire, de donner un sens à l’acte, voire de freiner la pulsion.

 

Particulièrement ces temps derniers, il est de plus en plus question de la vogue du détatouage. La demande est croissante auprès des dermatologues à travers des méthodes pas toujours au point. Le processus de retrait du tatouage est plus long, plus couteux et surtout plus douloureux que le tatouage. La presse s’en fait l’écho, à travers les expériences de personnalités connues.

Reconnaissance d’une erreur, d’un désaveu, échec d’un sens qui n’a pas abouti, l’impulsion d’un moment se fait regret. L’être se lasse, veut le camoufler, l’effacer. Ce qui était auparavant une fierté devient insupportable à vivre

Venir parler son désir d’inscription sur sa peau, dans le cadre d'une psychothérapie ou d'une psychanalyse, permet d’éviter un acte impulsif, qui une fois assouvi risque d’être un stigmate honni.